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BIO ou pas BIO ?

Le problème du BIO est-il « politiquement correct » ?

Il y a sur le sujet une vaste polémique qui a le mérite d’éclairer sous un autre jour nos modes de vie de pays riches! Globalement, on peut dire que l’agriculture biologique est respectueuse de l’environnement, des cycles naturels (rotation des cultures, recyclage des matières organiques) et favorise les productions naturelles, exemptes d’engrais et de pesticides de synthèse ou de traitements chimiques. Pour l’élevage, c’est pareil, les animaux sont nourris avec des aliments issus de l’agriculture biologique et leur durée d’élevage est plus longue afin de favoriser une croissance naturelle des animaux (pour la plupart, ceux-ci sont élevés en plein air et non pas de médicaments vétérinaires à titre préventif comme les antibiotiques). En France, seuls 2% de la superficie agricole utilisée sont dédiés au « bio » ! Sur les 27 pays producteurs en Europe, la France est le plus important mais, question d’échelle, se situe au 20éme rang pour le bio. Ce marché se développe bien (10 à 15 % de progression par an) et participe à une mouvance qui a « le vent en poupe » : écologie et préservation de l’environnement, qualité, transparence, bien-être. C’est aussi une réaction à l’agriculture intensive qui fait que fruits et légumes n’ont plus de goût (et ne sont pas moins chers !..). Mais le consommateur n’est pas cohérent : il veut ne faire ses courses qu’une fois par semaine, veut des produits qui résistent aux chocs, qui se gardent dans le bas du réfrigérateur, des tomates ou des pommes bien rouges , bien calibrées, des produits d’été en hiver etc..

 

« Un repas Bio par semaine dans la restauration collective » telle est l’une des conclusions actées du  « Grenelle de l’environnement». Les cantines scolaires de plusieurs départements ont déjà commencé. Pourquoi ?

La raison de cette décision ne peut être la qualité supérieure des aliments Bio pour la nutrition et la santé. Un rapport de l’Afssa (publié en 2003), intitulé « évaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique », fruit de 2 ans de travail d’un groupe paritaire (dans lequel la filière Bio était largement représentée), a clairement conclu à l’absence de différences significatives entre les aliments intitulés « AB » et les aliments conventionnels.

Les rares différences parfois citées dans le cas de quelques légumes et fruits portent sur des écarts de 15 à 20 % en faveur du Bio pour le magnésium (mais pas toujours) et de certaines substances anti-oxydantes (mais pas toutes). Cependant, ces faibles différences dépendent plus de facteurs de variation comme le stade de maturité ou le climat, que du mode de production sans produits dits chimiques. En revanche, le blé AB est plus pauvre en protéines et a donc une plus faible valeur boulangère.

Dans le cas du lait, les différences observées pour certains acides gras insaturés et vitamines ne font que traduire l’influence de l’alimentation à l’herbe, ce qui n’est pas l’apanage de l’AB. Il en est de même pour les viandes issues d’animaux bénéficiant d’un parcours extérieur, en élevage Bio ou traditionnel (la plupart des productions labellisées). De plus, la composition de la viande dépend surtout de l’âge à l’abattage (on ne peut pas comparer un poulet de 41jours à une volaille Bio ou label rouge de 81 à 102 jours !). Quoi qu’il en soit, de tels faibles écarts éventuels ne concernant que quelques nutriments n’auraient qu’un impact nutritionnel insignifiant dans le cadre d’un régime alimentaire global. Même si les aliments Bio avaient quelque avantage, à quoi servirait-il d’en consommer dans un seul repas hebdomadaire en mangeant « n’importe quoi » dans les vingt autres repas ?

Sur le plan sanitaire, il est facile de reprocher aux fruits et légumes « conventionnels » un risque plus élevé de contenir des traces de produits phytosanitaires, mais ces résidus sont très faibles et réglementés (limites maximales fixées) et ne concernent plus les produits épluchés, lavés ou cuits*. Quant aux teneurs parfois plus fortes en nitrates de quelques légumes, le risque (faible) ne concerne que les nourrissons, leur innocuité étant ensuite totale. D’un autre côté, on peut aussi reprocher aux produits Bio de contenir des traces de pesticides naturels qui n’ont pas fait l’objet d’études approfondies de toxicité, des teneurs parfois plus élevées (céréales) en mycotoxines cancérigènes et en divers contaminants chimiques, microbiens ou parasitaires caractérisant toute production en plein air, notamment le lait et les oeufs.

Aucun aliment n’est à l’abri de telles contaminations, en particulier dans les zones industrialisées, péri-urbaines ou de fort trafic routier (ou aérien).

 

*Globalement, les légumes estampillés « Bio » sont de bonne qualité sur le plan organoleptique. Ils sont théoriquement dépourvus de pesticides mais ne sont pas épargnés pour autant : sur 282 échantillons de fruits et légumes bio prélevés et analysés par la DGCCRF ( Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) , 1,42% contenaient des pesticides. Rien ne montre aujourd’hui un quelconque bénéfice en terme de santé par rapport à un consommateur régulier de légumes « non Bio ». Il est important, par contre, d’apprendre à ne pas acheter n’importe quoi, de privilégier le rythme des saisons et de comparer les commerçants, tant au niveau prix qu’au niveau qualité des légumes.

En juillet 2009, une étude commanditée par l’Agence Britannique des Normes Alimentaires et reprise par l’American Journal of Clinical  Nutrition affirmait que les aliments bio n’apportaient aucune plus value nutritionnelle sur les aliments de l’agriculture intensive. Il s’en est suivi une réaction énergique de certains chercheurs et des professionnels du bio. Conclusion ? Peut-être dans un futur proche à l’issue des résultats définitifs d’une grande enquête européenne intitulée « Quality Low Input Food ».

Tout ce qui n’est pas « bio » n’est pas forcément imbibé de pesticides. La DGCCRF pratique des relevés et analyse des milliers d’échantillons alimentaires. La dernière enquête* portant sur l’année 2006  montrait que 6% des légumes et des fruits étaient non conformes à la réglementation sur les résidus de pesticides. En général, les légumes contiennent moins de pesticides que les fruits. Plus de 65% des légumes testés n’étaient pas contaminés et 6,3% dépassaient les doses autorisées (notamment les poivrons, piments, lentilles et aubergines). En revanche, 36% des fruits seulement étaient exempts de résidus de pesticides et 5,5% dépassaient les normes autorisées (notamment les poires, fraises, baies rouges et mandarines). Ces chiffres doivent entraîner une réflexion sur la qualité de nos aliments, qu’ils soient bio ou non bio. Il faudrait que les gros producteurs aient la main moins lourde sur le pulvérisateur d’insecticides et fongicides…

Il est déraisonnable par contre de trop diaboliser les engrais minéraux, qui ne sont rien d’autre que des aliments normaux de la plante, et de laisser croire que l’on peut s’en passer, alors que l’on manque déjà de céréales (les cours mondiaux flambent), de pommes de terre, de lait, etc..Ce n’est certainement pas le moment de réduire les rendements agricoles alors que le revenu des agriculteurs a beaucoup baissé en l’espace d’un an ! Sauf à oublier ce qui se passe dans le monde et à vivre égoïstement dans nos pays « nantis » : il faudra nourrir 3 milliards de bouches de plus d’ici 2050 et la production alimentaire mondiale actuelle devra doubler (ce qui ne se fera pas sans engrais, comme le confirmer la FAO).

*Source : enquête 2006 sur les résidus de pesticides dans les fruits et légumes publiée le 30/04/08 (DGCCRF)

 

Actuellement, le bio ne peux pas nourrir la France et il est temps aussi qu’une réflexion ait lieu sur l’utilisation des pesticides et autres produits phytosanitaires par les agriculteurs..Une prise de conscience se fait chez les consommateurs mais on se heurte à des intérêts divergents entre produire plus et gagner plus chez les agriculteurs et la santé des consommateurs. On peut raisonnablement espérer une modification des pratiques, sous la pression de l’opinion publique. Le “bio” doit progresser de toute façon mais il faut aussi que les consommateurs soient sélectifs au niveau de la qualité de leurs produits. Au niveau des agences sanitaires, une tolérance est de rigueur car les experts partent du principe que c’est la dose qui fait le poison.

Dans le cas particulier des cantines scolaires, le meilleur service à rendre aux enfants pour leur nutrition et leur santé serait de les aider à manger varié et équilibré, en favorisant les légumes et les fruits (Bio ou non !) et la présentation appétissante des plats. Le principal problème pour les enfants est de manger suffisamment en acceptant ce qui leur est proposé, d’apprendre à manger de tout ! C’est là qu’un gros effort est à faire !

bio pas content

Il faut aussi prendre en compte le prix plus élevé des aliments Bio (justifié par un coût plus élevé du travail et des rendements plus faibles). Même si la demande augmente rapidement, l’offre intérieure ne suit pas (déjà près de la moitié des aliments Bio est importée) et les prix augmenteront encore. En moyenne, les produits estampillés bio coûtent 22% plus cher que les produits issus de l’agriculture dite conventionnelle et 57% plus cher que des produits de marque de distributeurs.

Et que penser de la garantie sanitaire des produits Bio importés de pays dont la réglementation est plus souple? (par exemple le blé d’Europe de l’Est)

Alors, pourquoi cette décision de mettre un repas bio par semaine à la cantine ?

  • Pour faire plaisir aux parents, les élus font bien sûr un peu de démagogie, le bio est dans l’air du temps et tout le monde veut faire « écolo »..
  • Parce qu’il a été décidé, pour des raisons légitimes de protection des ressources naturelles (sols, eau) et pour répondre à la demande de la société, de favoriser l’agriculture biologique (qui n’utilise pas de produit chimique de synthèse) en faisant passer la superficie utilisée de 2 % de la surface agricole actuellement à 6 % dans quelques années. Il est important donc d’augmenter ses débouchés, en commençant par un secteur directement influençable comme la restauration collective. Les pays développés comme la France peuvent s’offrir le luxe d’augmenter la production et la consommation de produits Bio
  • Pour favoriser un objectif réel qui est la protection de l’environnement et non pas, comme le pensent les consommateurs, la préservation de la santé publique !

 

Beaucoup de peurs irraisonnées encouragent à consommer du bio, notamment le problème des OGM, effectivement interdits en agriculture biologique mais qui ne sont pas non plus autorisés de façon générale en alimentation humaine en Europe. Les plantes transgéniques sont pourtant incontournables et la France, comme les autres pays, devra les accepter aussi dans un très proche avenir. Seul le progrès scientifique permet de réduire progressivement le nombre des affamés du monde…Il ne faudrait pas céder au chantage de quelques Savonarole du 21éme siècle !

 

Une réflexion doit aussi s’engager sur les gaspillages de protéines végétales : la moitié de la production mondiale (environ 2 milliards de tonnes) est destinée à l’alimentation animale, principalement des volailles et des porcs. Les protéines d’origine végétale sont amenées à avoir de plus en plus d’importance dans le futur, surtout du point de vue économique car on assiste actuellement à un véritable gaspillage de ces protéines végétales dans les pays riches. Celles-ci constituent l’alimentation du bétail et l’animal transforme les protéines contenues dans les végétaux qu’il ingère : le rendement de transformation de protéines végétales en protéines animales est très faible (de 4 à 20 %). Il faut au minimum 5 kg de protéines végétales pour fabriquer 1 kg de protéines animales !

On est dans une période où les stocks mondiaux de céréales sont au plus bas et où, depuis plusieurs années, la production est inférieure à la consommation. Qu’adviendra-t-il dans 40 ans lorsqu’il faudra nourrir 9 milliards de bouches, soit 2,5 milliards d’individus de plus qu’aujourd’hui ? Il y a toutes les raisons de s’inquiéter, même en intensifiant encore l’agriculture dite productiviste.

 

Bibliographie :